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© A. Lindauer
Il a été question de la terre avant qu’il ne soit question de royaume ou de royauté et c’est pour être comme les autres nations qu’Israël a voulu avoir un roi à sa tête.
Date : 00/00/0000
Auteur : Père Gabriel Espie (MEP)
Le livre de Samuel en porte témoignage, et, avant de céder à la demande du peuple, Samuel le met en garde contre la « royauté » : « Tous les anciens d’Israël se réunirent et vinrent trouver Samuel à Rama. Ils lui dirent : tu es devenu vieux et tes fils ne suivent pas ton exemple. Eh bien ! Etablis-nous un roi pour qu’il nous juge, comme toutes les nations. Cela déplut à Samuel… Mais Yahvé dit à Samuel : satisfais à tout ce que te dit le peuple, car ce n’est pas toi qu’ils ont rejeté, c’est moi… Seulement tu les avertiras solennellement et tu leur apprendras le droit du roi qui va régner sur eux… Samuel dit : Voici le droit du roi qui va régner sur vous : Il prendra vos fils et les affectera à sa charrerie et à ses chevaux…Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières…Il prélèvera la dîme sur vos troupeaux et vous-mêmes deviendrez ses esclaves…Le peuple refusa d’écouter Samuel et dit : non nous aurons un roi. Yahvé lui dit : Satisfais à leur demande et intronise leur un roi. » I Sm 8
« Toutes les tribus d’Israël vinrent trouver David à Hébron et lui dirent : Nous sommes du même sang que toi ! Dans le passé déjà, quand Saül était notre roi, tu dirigeais les mouvements de l’armée d’Israël ; et le Seigneur t’a dit : tu seras le Pasteur d’Israël , mon peuple , tu seras le chef d’Israël. C’est ainsi que tous les anciens d’Israël, vinrent trouver le roi à Hébron. Le roi David fit alliance avec eux, à Hébron, devant le Seigneur. Ils donnèrent l’onction à David, pour le faire roi sur Israël. » 2 Sm 5
« …l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph de la maison de David…et l’ange lui dit…voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son Père. Il règnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin. » Lc 1 26-33 Quelle histoire !
Les évangiles insistent, chacun à sa manière sur l’appartenance de Jésus à la lignée de David, ce qui « authentifie » son titre de roi. Tout au long de sa vie publique, l’interrogation sur cette origine est attestée. Après la guérison d’un démoniaque aveugle et muet, « frappées de stupeur, toutes les foules disaient : celui-là n’est-il pas le fils de David ? Mais les pharisiens entendant cela dirent : celui-là n’expulse les démons que par Béelzéboul, le prince des démons. Connaissant leurs sentiments, il leur dit : tout royaume… » Mt 12 22
Ces quelques textes suffisent pour situer le problème et l’ambiguïté de la royauté de Jésus. De quelle royauté s’agit-il ? A quel type de réflexion sur les mots et leur sens sommes-nous conviés ? Il est en effet clair qu’il ne suffit pas d’utiliser les mêmes mots pour se comprendre, de parler la même langue. Dans la perspective de la foi nous sommes invités à prêter attention au bouleversement linguistique qu’introduit Jésus, qui ne prolonge pas en reproduisant, mais qui accomplit.
La question de l’accomplissement de la tradition biblique par Jésus est donc une question décisive, puisque c’est la question sur laquelle s’est joué son refus par les pharisiens et les gardiens de la tradition. Ne pas tirer au clair cette question, c’est courir le risque de rester dans l’ambiguïté des mots. L’importance de cette question apparaît dans la manière dont les évangiles soulignent l’aspect de l’incompréhension, tant dans le cheminement des croyants que dans celui des incroyants. D’un côté on peut mettre Marie, la mère de Jésus, qui sans comprendre, garde la Parole dans son cœur, comme la terre garde la semence, Jean-Baptiste, Pierre…de l’autre, les gardiens de la Tradition, les pharisiens pour qui la tradition exige d’être maintenue telle quelle, tant sur le plan moral que politique. En témoignent les questions posées à propos de la femme adultère ou du tribut à César. La lapidation de la femme adultère a tout à la fois une signification morale et politique. Jésus peut-il être le Messie s’il n’acquiesce pas à la loi de Moïse et ne rétablit pas les conditions politiques de son exécution ? L’occupation romaine prive en effet l’autorité juive du droit de vie et de mort comme le dit Jean dans le récit de la passion. Peut-il être le Messie-Roi attendu s’il ne récuse pas l’autorité de César et ne restaure pas le gouvernement d’Israël dans la plénitude de ses droits ? Jésus est autre que celui attendu par ceux qui scrutent les Ecritures ou, plus exactement, par ceux qui refusent que Jésus puisse remettre en cause la compréhension des Ecritures qu’ils estiment détenir. Jésus est donc coupable de non-conformité à la Parole telle qu’ils la comprennent, et de ce fait doit mourir. Et Jésus a dénoncé leur manière de se référer à la Tradition.
En ce qui concerne la ‘ royauté ‘ la mise en garde à l’égard de ce qui la concerne remonte à Samuel. Pour ce qu’il en est des évangiles et des traditions auxquelles se heurte Jésus voici un passage de Mathieu, « Alors des pharisiens et des scribes de Jérusalem s’approchent de Jésus et lui disent : Pourquoi tes disciples transgressent-ils la tradition des anciens ? En effet ils ne se lavent pas les mains au moment de prendre leur repas. Et vous réplique-t-il pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition ? En effet Dieu a dit : Honore ton père et ta mère et que celui qui maudit son père ou sa mère soit puni de mort. Mais vous vous dîtes : quiconque dira à son père ou à sa mère, les biens dont j’aurais pu t’assister, je les consacre, celui-là sera quitte de ses devoirs envers son père ou sa mère. Vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition. Hypocrites ! Isaïe a bien prophétisé de vous quand il a dit : Ce peuple m’honore des lèvres mais leur cœur est loin de moi. Vain est le culte qu’ils me rendent : les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains » Mt 15 1-9
C’est dans cette dernière phrase, sans doute, que tient l’essence du reproche de Jésus. Il dira à ses disciples que s’il ne peut présentement leur faire comprendre tout ce qu’il a le désir de leur communiquer, il leur donnera le moment venu son esprit. Le reproche adressé aux interprètes de la Parole, c’est de ne pas rester ouverts à l’esprit, sans lequel le sens est figé et mort, au sens de Sartre, au lieu de rester prophétique, en relation à celui qui vient. C’est donc de toute la relation de Jésus à David, qu’il est question et par le fait de Jésus à César, du temporel au spirituel, de la Terre au Royaume. Pour entrer dans les sens, dans le mouvement qui conduit à l’accomplissement, il convient par exemple de remonter à la prophétie de Nathan dans le deuxième livre de Samuel. « Quand le roi habita sa maison et que Yahvé l’eut débarrassé de tous les ennemis qui l’entouraient, le roi dit au prophète Nathan : vois donc. J’habite une maison de cèdre et l’arche de Dieu habite sous la tente. Nathan répondit au roi : va et fais tout ce qui te tient à cœur, car Yahvé est avec toi... Mais cette même nuit la Parole de Dieu fut adressée à Nathan en ces termes :
« Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle Yahvé. Est-ce toi qui me construiras une maison pour que j’y habite ? Je n’ai jamais habité de maison depuis le jour où j’ai fait monter d’Egypte les israélites jusqu’à aujourd’hui, mais j’étais en camp volant sous une tente et un abri… Ainsi parle Yahvé Sabaot : C’est moi qui t’ai pris au pâturage derrière les brebis, pour être le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu allais : j’ai supprimé devant toi tous tes ennemis. Je te donnerai un grand nom, comme le nom des plus grands de la terre. Je fixerai un lieu à mon peuple Israël, je l’y planterai et il ne sera plus ballotté et les méchants ne continueront plus à l’opprimer comme auparavant…Yahvé t’annonce qu’il te fera une maison. Et quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, je maintiendrai après toi le lignage issu de tes entrailles et j’affermirai sa royauté. C’est lui qui construira une maison pour mon nom, et j’affermirai pour toujours son trône royal. Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils. S’il commet le mal je le châtierai avec une verge d’homme et par les coups que donnent les humains. Mais ma faveur ne lui sera pas retirée… Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi. Ton trône sera affermi à jamais. »
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