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L'abbé Pierre est décédé

L'abbé Pierre

L'abbé Pierre

Le Fondateur des compagnons d'Emmaüs est décédé, lundi 22 janvier, à l'âge de 94 ans, à l'hôpital parisien du Val-de-Grâce où il était hospitalisé depuis le 14 janvier.

Une vie de combats en faveur des démunis en ont fait l'une des figures les plus appréciées des Français. L'abbé Pierre, dont l'appel de l'hiver 1954 avait déclenché "l'insurrection de la bonté", n'a jamais cessé de s'attaquer au mal-logement et à la "maladie de l'indifférence".

Toute sa vie, il a lutté. D'abord contre l'occupant nazi, puis contre la misère et les injustices.

Concernant sa propre mort, l'abbé Pierre disait : « Sur ma tombe, à la place de fleurs et de couronnes, apportez-moi les listes de milliers de familles, de milliers de petits enfants auxquels vous aurez pu donner les clés d’un vrai logement.»

«Avec cette disparition, c’est toute la France qui est touchée au cœur. Elle perd une immense figure, une conscience, une incarnation de la bonté » a déclaré le président Jacques Chirac. Les obsèques nationales de l'abbé seront célébrées le vendredi 26 janvier à 11 h en la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le cercueil partira ensuite pour Esteville (Seine-Maritime) où l'abbé Pierre sera enterré dans la stricte intimité.

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Né Henri Grouès le 5 août 1912 à Lyon, cinquième d'une famille bourgeoise de huit enfants, il entre chez les capucins à 19 ans après avoir distribué ce qu'il possède à des oeuvres de charité. Ordonné prêtre en août 1938, il quitte le clergé régulier pour le clergé séculier et devient vicaire à Grenoble l'année suivante.
 
"Mes amis, au secours"
Les premières communautés de Chiffoniers Bâtisseurs d'Emmaüs naissent sur le principe "donne-moi ton aide, pour aider les autres". Elles regroupent des déshérités qui se mettent, par leur travail de récupération, au service de plus déshérités. "Emmaüs est devenu une récupération d'hommes à l'occasion de récupération de choses", définit l'abbé Pierre.

Les communautés essaiment rapidement. On en compte aujourd'hui 161 en France, 421 groupes répartis dans 41 pays sur quatre continents (Europe, Amérique, Afrique, Asie).

Hiver 1954. Une fillette meurt de froid dans un bidonville de Neuilly-Plaisance. L'abbé Pierre invite aux obsèques le ministre du Logement de l'époque, qui s'y rend. Aux premières heures du 1er février, une sexagénaire expulsée de son appartement décède d'hypothermie sur le trottoir du boulevard Sébastopol à Paris. Très vite, le religieux lance son célèbre appel. "Mes amis, au secours", supplie-t-il sur Radio Luxembourg, déclenchant une vague de solidarité extraordinaire.

Des gens de toutes les conditions sociales donnent argent, couvertures et nourriture pour permettre à l'abbé Pierre et à ses compagnons d'Emmaus de mettre en place des hébergements d'urgence. Dans la foulée, le Parlement adopte à l'unanimité dix milliards de francs de crédits pour réaliser immédiatement 12 000 logements d'urgence à travers toute la France pour les plus défavorisés. Des épisodes narrés dans le film "Hiver 54",

Hiver 54
L'abbé Pierre acquiert sa notoriété à partir du très froid hiver de 1954, meurtrier pour les sans-abris pour une « insurrection de la bonté ». « Il y a 50 ans, tous sortaient à peine des atrocités de la guerre. Tous avaient dû fuir, chacun se sentait proche des réfugiés. Les gens se rappelaient la souffrance et la peur. Ils étaient davantage prêts à réagir. Mais on ne renouvelle pas des faits historiques comme celui-là.»
Il lance le 1er février 1954 un appel sur les antennes de Radio-Luxembourg (RTL) :

Voici le texte de l'appel de l’abbé Pierre du 1er février 1954, à 1 heure du matin sur Radio Luxembourg:
"Mes amis, au secours...

Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant hier, on l’avait expulsée...

Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu.
Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent !

Écoutez-moi : en trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l’un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l’autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l’on lise sous ce titre CENTRE FRATERNEL DE DEPANNAGE, ces simples mots :
« TOI QUI SOUFFRES, QUI QUE TU SOIS,
ENTRE, DORS, MANGE, REPRENDS ESPOIR, ICI ON T’AIME »

La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure.

Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l’âme commune de la France. Merci !

Chacun de nous peut venir en aide aux "sans abri". Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain :
• 5000 couvertures,
• 300 grandes tentes américaines,
• 200 poêles catalytiques

Déposez les vite à l’hôtel Rochester, 92 rue de la Boétie. Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève.

Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l’asphalte ou sur les quais de Paris.

Merci !"

Le lendemain, la presse titra sur « l'insurrection de la bonté ». L'appel rapportera 500 millions de francs en dons.

Bibliographie de l’abbé Pierre :
Une terre et des hommes (1994), Absolu (1994), Testament (1994), Dieu merci (1995, Le bal des exlus (1996), Mémoires d’un croyant (1997), Fraternité (1999), Paroles (1999), C’est quoi la mort ? (1999), Miettes de vie (1999), En route vers l’absolu (2000), Confessions (2002), Je voulais être marin, missionnaire ou brigand : carnets intimes et pensées choisies (2002), Mon Dieu… pourquoi ? (2005)