Vous êtes ici : » Laics Missionnaires » La mission en Asie
EXHORTATION APOSTOLIQUE DU PAPE JEAN PAUL II
INTRODUCTION
Date : 04/11/1999
Auteur : JEAN PAUl II
Aux évêques, aux Prêtres et aux diacres, aux personnes consacrées et à tous les fidèles laïcs sur Jésus Christ, le sauveur, et sa mission d'amour et de service en Asie: "... pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance" (Jn 10,10)
Les merveilles du plan de Dieu en Asie
1. L'Eglise en Asie chante les louanges du « Dieu de notre salut » (Ps 68 [67], 20) parce qu'il a choisi de commencer son plan de salut en terre asiatique, à travers des hommes et des femmes de ce continent. C'est en effet en Asie que Dieu révéla et accomplit son dessein de salut depuis les origines. Il guida les patriarches (cf. Gn 12) et appela Moïse pour conduire son peuple à la liberté (cf. Ex 3, 10). Il parla à son peuple, celui qu'il avait choisi, à travers beaucoup de prophètes, de juges, de rois et de vaillantes femmes de foi. A « la plénitude du temps » (Ga 4, 4), il envoya son Fils unique, Jésus Christ le Sauveur, qui prit chair en tant qu'asiatique. Se réjouissant de la bonté des peuples du continent, de ses cultures et de sa vitalité religieuse, et consciente en même temps du don unique de la foi qu'elle reçut pour le bien de tous, l'Eglise en Asie ne peut cesser de proclamer: « Rendez grâce au Seigneur, car il est bon, éternel est son amour » (Ps 118 [117], 1).
Parce que Jésus est né, a vécu, est mort et est ressuscité des morts en Terre Sainte, cette petite portion de l'Asie de l'Ouest est devenue une terre de promesse et d'espérance pour toute l'humanité. Jésus a connu et aimé cette terre. Il a fait siennes l'histoire, les souffrances et les espérances de son peuple. Il a aimé ce peuple et adopté ses traditions et son héritage juifs. Depuis longtemps en effet, Dieu avait choisi ce peuple et s'était révélé à lui pour préparer la venue du Sauveur. Et de cette terre, par la prédication de l'Evangile dans la puissance de l'Esprit Saint, l'Eglise est allée de l'avant pour, « de toutes les nations, faire des disciples » (cf. Mt 28, 19). Avec l'Eglise répandue dans le monde entier, l'Eglise en Asie franchira le seuil du troisième millénaire chrétien en s'émerveillant devant tout ce que Dieu a fait depuis ces commencements jusqu'à maintenant et, forte de savoir que, « tout comme au premier millénaire la Croix fut plantée sur le sol européen, au second millénaire sur le sol américain et africain, on puisse, au troisième millénaire, recueillir une grande moisson de foi sur ce continent si vaste et si vivant ».1
Contexte de l'Assemblée Spéciale
2. Dans ma lettre apostolique Tertio millennio adveniente, j'ai établi un programme pour que l'Eglise accueille le troisième millénaire du christianisme, programme centré sur les défis de la nouvelle évangélisation. Une caractéristique importante de ce plan était la tenue de Synodes continentaux, de façon que les Evêques puissent poser la question de l'évangélisation en fonction de la situation particulière et des besoins de chaque continent. Cette série de Synodes, liés par le thème commun de la nouvelle évangélisation, s'est avérée une part importante de la préparation de l'Eglise pour le grand Jubilé de l'An 2000.
Dans la même lettre, me référant à l'Assemblée spéciale pour l'Asie du Synode des Evêques, j'ai noté que dans cette partie du monde « se pose plus intensément la question de la rencontre du christianisme avec les cultures et les religions locales très anciennes. Il y a là un grand défi pour l'évangélisation, car des systèmes religieux comme le bouddhisme et l'hindouisme se présentent comme ayant un caractère clairement sotériologique ».2 C'est en effet un mystère que le Sauveur du monde, né en Asie, soit jusqu'à maintenant demeuré largement inconnu des peuples de ce continent. Le Synode serait une occasion providentielle pour que l'Eglise en Asie réfléchisse davantage sur ce mystère et pour qu'elle renouvelle son engagement dans la mission de mieux faire connaître Jésus Christ à tous. Deux mois après la publication de Tertio millennio adveniente, parlant à la sixième Assemblée plénière de la Fédération des Conférences épiscopales d'Asie, à Manille, aux Philippines, durant les célébrations des mémorables dixièmes Journées mondiales de la Jeunesse, j'ai rappelé aux Evêques que, « si l'Eglise en Asie doit accomplir son destin providentiel, alors l'évangélisation, comme une prédication joyeuse, patiente et progressive de la mort salvifique et de la résurrection de Jésus Christ, doit être une priorité absolue ».3
La réponse positive des Evêques et des Eglises particulières à la perspective d'une Assemblée synodale spéciale pour l'Asie s'est manifestée à l'évidence durant toute la phase préparatoire. Les Evêques ont communiqué leurs désirs et leurs opinions à chaque étape avec franchise, faisant preuve d'une connaissance pénétrante du continent. Ils l'ont fait dans la pleine conscience du lien de communion qu'ils partagent avec l'Eglise universelle. Dans la ligne de l'idée originale de Tertio millennio adveniente et suivant les propositions du conseil pré-synodal qui a examiné les avis des Evêques et des Eglises particulières sur le continent asiatique, j'ai choisi comme thème du Synode: Jésus Christ, le Sauveur, et sa mission d'amour et de service en Asie: « ... pour qu'ils aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance » (Jn 10, 10). Par cette formulation particulière du thème, j'ai souhaité que le Synode puisse « éclairer et approfondir la doctrine sur le Christ unique Médiateur entre Dieu et les hommes et unique Rédempteur du monde, en le distinguant bien des fondateurs d'autres grandes religions ».4 Comme nous approchons du grand Jubilé, l'Eglise en Asie doit être capable de proclamer avec une vigueur renouvelée: Ecce natus est nobis Salvator mundi, « Aujourd'hui nous est né le Sauveur du monde »,... né en Asie!
La célébration de l'Assemblée spéciale
3. Par la grâce de Dieu, l'Assemblée spéciale pour l'Asie du Synode des Evêques a eu lieu du 18 avril au 14 mai 1998 au Vatican. Elle se situait après les Assemblées spéciales pour l'Afrique (1994) et pour l'Amérique (1997), et elle a été suivie à la fin de l'année par l'Assemblée spéciale pour l'Océanie (1998). Pendant près d'un mois, les Pères synodaux et d'autres participants se réunirent autour du successeur de Pierre et partagèrent le don de la communion hiérarchique, donnant une voix et une figure concrètes à l'Eglise en Asie. Cela fut assurément un moment particulier de grâce!5 Des rencontres des Evêques d'Asie avaient auparavant contribué à préparer le Synode et à rendre possible une atmosphère d'intense communion ecclésiale et fraternelle. D'une importance particulière, à cet effet, furent les Assemblées plénières et les Séminaires qui eurent lieu sur l'initiative de la Fédération des Conférences épiscopales d'Asie et de ses bureaux, qui ont régulièrement rassemblé nombre d'Evêques d'Asie et favorisé entre eux le développement de liens personnels aussi bien que ministériels. J'ai eu le privilège de me rendre à certaines de ces rencontres, présidant parfois des célébrations eucharistiques solennelles d'ouverture ou de clôture. En ces occasions, j'ai pu observer directement, en la personne des Pasteurs, la rencontre dans le dialogue entre les Eglises particulières, y compris les Eglises orientales. Ces réunions et d'autres assemblées régionales des Evêques d'Asie ont servi providentiellement de préparation lointaine à l'Assemblée synodale.
La célébration concrète du synode lui-même a confirmé l'importance du dialogue comme un mode caractéristique de la vie de l'Eglise en Asie. Un partage sincère et honnête d'expériences, d'idées et de propositions a montré que c'était là la voie vers une rencontre authentique des esprits, vers une communion des intelligences et des cœurs qui, dans la charité, respecte et transcende les différences. Particulièrement émouvante fut la rencontre des nouvelles Eglises avec les Eglises anciennes dont les origines remontent aux Apôtres. Nous avons éprouvé la joie incomparable de voir les Evêques des Eglises particulières au Myanmar, au Viêt-nam, au Laos, au Cambodge, en Mongolie, en Sibérie et dans les nouvelles Républiques d'Asie centrale, assis à côté de leurs Frères qui avaient longtemps désiré les rencontrer et dialoguer avec eux. Cependant il y avait aussi un sentiment de tristesse devant le fait que les Pasteurs de la Chine continentale ne pouvaient être présents. Leur absence était un constant rappel des sacrifices héroïques et des souffrances que l'Eglise continue d'endurer dans de nombreuses parties de l'Asie.
La rencontre dans le dialogue entre les Evêques et le successeur de Pierre, à qui est confiée la mission d'affermir ses frères (cf. Lc 22, 32), était vraiment une confirmation dans la foi et dans la mission. Jour après jour, la salle du Synode et les salles de réunion furent remplies de récits de foi profonde, d'amour allant jusqu'au sacrifice de soi, d'espérance inébranlable, d'engagement constant dans l'épreuve, de courage persévérant et de pardon généreux, tout cela manifestant avec éloquence la véracité des paroles de Jésus: « Je suis avec vous pour toujours » (Mt 28, 20). Le Synode fut un moment de grâce parce qu'il fut une rencontre avec le Sauveur qui continue à être présent dans son Eglise par la puissance de l'Esprit Saint, dont on fait l'expérience dans le dialogue fraternel de la vie, dans la communion et dans la mission.
Partager les fruits de l'Assemblée spéciale
4. Par cette exhortation apostolique post-synodale, je souhaite partager avec l'Eglise qui est en Asie et à travers le monde les fruits de l'Assemblée spéciale. Ce document cherche à transmettre la richesse de ce grand événement spirituel de communion et de collégialité épiscopale. Le Synode fut une célébration évocatrice des racines asiatiques du christianisme. Les Pères synodaux ont fait mémoire de la première communauté chrétienne, l'Eglise primitive, le petit troupeau de Jésus sur cet immense continent (cf. Lc 12, 32). Ils ont rappelé ce que l'Eglise a reçu et entendu depuis le début (cf. Ap 3, 3) et, après en avoir fait mémoire, ils ont célébré l'« immense bonté » de Dieu (Ps 145 [144], 7), qui ne faillit jamais. Le Synode était aussi une occasion de reconnaître les anciennes traditions et civilisations religieuses, les philosophies profondes et la sagesse qui ont fait de l'Asie ce qu'elle est aujourd'hui. Par-dessus tout, il a été rappelé que les peuples de l'Asie eux-mêmes sont la vraie richesse du continent et l'espoir pour l'avenir. Pendant le Synode, ceux d'entre nous qui étaient présents furent témoins d'une rencontre extraordinairement fructueuse entre les anciennes et les nouvelles cultures et civilisations de l'Asie, merveilleuses à voir dans leurs diversités et dans leurs convergences, spécialement quand, au début et à la fin des liturgies eucharistiques, les symboles, les chants, les danses et les couleurs se réunissaient dans un accord harmonieux autour de la Table du Seigneur.
Ce ne fut pas une célébration motivée par la fierté des réalisations humaines, mais une célébration consciente de ce que le Très-Haut a fait pour l'Eglise en Asie (cf. Lc 1, 49). En rappelant l'humble condition de la communauté catholique et la faiblesse de ses membres, le Synode fut donc aussi un appel à la conversion, de façon que l'Eglise en Asie puisse devenir toujours plus digne des grâces continuellement offertes par Dieu.
Outre une mémoire et une célébration, le Synode a été une ardente affirmation de foi en Jésus Christ le Sauveur. Reconnaissants pour le don de la foi, les Pères synodaux n'ont pas trouvé de meilleure manière de la célébrer que de l'affirmer dans son intégralité et de réfléchir sur elle en fonction du contexte dans lequel elle doit être proclamée et professée aujourd'hui en Asie. Ils ont fréquemment souligné que la foi est déjà proclamée avec confiance et courage dans le continent, même au milieu de grandes difficultés. Au nom de millions et de millions d'hommes et de femmes en Asie qui ne mettent leur confiance en personne d'autre que le Seigneur, les Pères synodaux ont proclamé: « Nous avons reconnu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 69). Face aux multiples questions douloureuses que posent la souffrance, la violence, la discrimination et la pauvreté, auxquelles la majorité des peuples de l'Asie sont affrontés, ils ont prié ainsi: « Je crois! Viens en aide à mon peu de foi! » (Mc 9, 24).
En 1995, j'ai invité les Evêques de l'Asie rassemblés à Manille à « ouvrir toutes grandes au Christ les portes de l'Asie ».6 S'appuyant sur le mystère de communion avec les innombrables et souvent obscurs martyrs de la foi en Asie, et confirmés dans l'espérance par la présence permanente de l'Esprit Saint, les Pères du Synode ont courageusement appelé tous les disciples du Christ en Asie à un nouvel engagement dans la mission. Pendant l'Assemblée synodale, les Evêques et les autres participants ont témoigné du caractère, de l'ardeur spirituelle et du zèle grâce auxquels l'Asie deviendra une terre qui produira une récolte abondante au cours du prochain millénaire.

